Sonthonax, l'enfant d'Oyonnax qui a aboli l'esclavage à Saint-Domingue
Oyonnax a donné à la Révolution l’un de ses acteurs les plus discutés, et le nom est presque oublié dans sa ville natale. Léger-Félicité Sonthonax, né en 1763 dans une famille de négociants aisés, a proclamé l’abolition de l’esclavage à Saint-Domingue le 29 août 1793. La Convention générale ne l’a ratifiée que le 4 février 1794. Entre les deux dates, il y a six mois d’avance et une décision prise sur place, dans une colonie en feu.
Un avocat formé à Dijon, gagné aux idées nouvelles
Fils d’un négociant enrichi, Sonthonax passe par le collège de Nantua avant d’aller étudier le droit à Dijon. Licencié en 1784, il achète une charge d’avocat au Parlement de Paris, une position confortable qu’il abandonne quand la Révolution ouvre d’autres horizons. En 1788, il rejoint la Société des amis des Noirs, fondée par Brissot et Clavière, qui réclame l’abolition. En septembre 1790, il signe dans les Révolutions de Paris un article qui va loin : il y demande l’abolition immédiate de la traite, puis celle de l’esclavage, et l’égalité des droits pour tous les hommes libres, quelle que soit la couleur de leur peau. À l’époque, la formule passe pour une folie.
Commissaire civil dans une colonie qui se déchire
L’Assemblée législative franchit un pas le 4 avril 1792 en accordant la citoyenneté aux hommes libres de couleur. Le 29 avril, elle désigne trois commissaires civils chargés de faire appliquer la décision et de maintenir l’ordre : Ailhaud, Polverel et Sonthonax. Ce dernier débarque à Saint-Domingue le 18 septembre 1792 et dissout dans les semaines qui suivent l’assemblée coloniale, dominée par les grands planteurs blancs. Les affrontements se multiplient à Port-au-Prince, où les blancs et les mulâtres refusent la main tendue. En avril 1793, la ville est attaquée et brûle en grande partie. La société coloniale se défait sous ses yeux.
C’est dans ce contexte qu’il prend sa décision. Le 21 juin 1793, il offre la liberté aux esclaves qui se battent pour la République. Le 29 août 1793, il proclame l’abolition générale de l’esclavage dans la province du Nord de Saint-Domingue. Polverel fait de même ensuite dans l’Ouest et le Sud. La mesure répond à une situation militaire et politique, mais elle est bien réelle : des dizaines de milliers de personnes deviennent libres avant que Paris ne l’entérine.
De la gloire à l’exil
La suite est moins glorieuse. Après la chute de Robespierre, Sonthonax est rappelé et doit se défendre devant une commission d’enquête, le 25 octobre 1795. Il obtient son acquittement, et repart pour la colonie en 1796, à la tête d’une troisième commission civile avec Roume et Leblanc. Il fait nommer Toussaint Louverture lieutenant général, sans lui faire confiance pour autant, et écarte les royalistes. En 1797, Toussaint le met sur un navire en partance pour la France : Sonthonax quitte la colonie sans avoir le choix.
Député de Saint-Domingue au Conseil des Cinq-Cents du 14 octobre 1796 au 19 mai 1799, il disparaît ensuite des affaires publiques. Il écrit en 1798 des Réflexions sur la traite des Noirs, puis vit à Paris jusqu’en 1805, date à laquelle Bonaparte le fait arrêter et assigner à résidence à Orléans. Il rentre enfin à Oyonnax et meurt le 23 juillet 1813, à cinquante ans, dans la ville où il était né.
Un nom qui appartient à l’histoire nationale
Pendant deux siècles, l’homme a été présenté comme l’allié des colons ou comme un opportuniste. La mémoire de la traite et de ses abolitions lui a rendu une place plus juste : ses proclamations de 1793 restent décisives dans l’histoire de l’émancipation. Pour Oyonnax, ce fils de la ville reste un cas singulier : un avocat de province devenu, en pleine tourmente coloniale, l’un de ceux qui ont mis fin à l’esclavage avant que la métropole ne s’y résolve.
Le conseil du guide : la page sur le patrimoine d’Oyonnax permet de replacer Sonthonax dans le fil de l’histoire locale, du peigne en buis au monument aux morts de 1947. Et pour situer sa ville natale dans son temps, le mieux reste de monter à la Grande Vapeur, dont l’électricité a fait la réputation industrielle du bassin au XIXe siècle.
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