Patrimoine d'Oyonnax : Grande Vapeur, musée du Peigne et mémoire de la Résistance

La façade de la Grande Vapeur, ancienne usine électrique d'Oyonnax classée monument historique
Photo : Chabe01, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

À Oyonnax, le patrimoine ne se visite pas comme dans une ville d’art : il se lit dans les usines, les églises de quartier et les monuments aux morts. Derrière les façades, tout raconte le peigne, le plastique et la Résistance.

La Grande Vapeur, l’usine qui a fait la ville

Construit en 1905 par l’architecte Auguste Chanard, ce vaste bâtiment industriel est le monument emblématique d’Oyonnax : il abritait l’usine électrique qui fournissait l’énergie aux ateliers. Un principe étonnant régnait ici : une soixantaine de cabines individuelles, louées à des ouvriers appelés « piéçards » parce que payés à la pièce, étaient toutes branchées sur un seul moteur grâce à des courroies de transmission. L’ensemble appartenait à l’Union électrique, l’ancien nom d’EDF.

L’usine a tourné ainsi pendant un demi-siècle, jusqu’à l’invention de la presse à injecter. La ville rachète le bâtiment en 1967 et il est classé monument historique en 1988. Depuis, la Grande Vapeur se réhabilite pour accueillir le musée du Peigne et de la Plasturgie, qui doit quitter à terme son installation actuelle ; en attendant, le musée y organise ponctuellement des visites-découvertes.

Le musée du Peigne et de la Plasturgie

Le musée occupe le centre culturel Aragon, dans le quartier de la Plaine, au 88 cours de Verdun. Ses collections racontent deux siècles de vie locale : peignes de bois et de corne, peignes ornementaux, objets de celluloïd, lunettes, jouets, jusqu’aux robes en plastique signées Paco Rabanne.

La première grande acquisition, fondatrice du musée, fut menée par la municipalité en 1928 : elle comprend des pièces uniques en celluloïd de Marie-Léon Arbez-Carme (1858-1928), artiste dont la collection, léguée à la ville, compte quelque 2 400 objets, souvent signés et numérotés. Le musée est ouvert du mardi au samedi et le premier dimanche de chaque mois, de 14h à 18h.

Églises et maisons d’autrefois

L’église Saint-Léger, place Émile-Zola, est la paroissiale du centre : restaurée en 1839 sur les plans de l’architecte Chenavard, elle honore le saint patron auquel la légende attribue le privilège des peignes. À Veyziat, l’église gothique Saint-Clair (XVe et XVIe siècles) cache des fresques des XIVe et XVe siècles, retrouvées sous l’enduit. Dans le quartier de la Plaine, l’église Notre-Dame, achevée en 1969 et inaugurée en 1970 sur des plans de Pierre Pinsard, surprend par son béton brutaliste. À Bouvent, la chapelle Sainte-Madeleine témoigne de la vie du hameau, et la Maison Brunet, ancienne mairie du XVIIe siècle, abrite aujourd’hui la Maison de la Sécurité.

Les Géants de Pierre et le 11 novembre 1943

C’est au parc René-Nicod que se joue l’histoire la plus fière de la ville. Le 11 novembre 1943, alors que les cérémonies sont interdites, environ deux cents maquisards de l’Ain et du Haut-Jura, aux ordres du colonel Henri Romans-Petit, prennent possession d’Oyonnax, défilent en armes jusqu’au monument aux morts, alors situé dans le parc, et y déposent une gerbe en forme de croix de Lorraine portant l’inscription « Les vainqueurs de demain à ceux de 14-18 ». Après la guerre, la ville, qui subit de durs bombardements en juillet 1944, reçoit la médaille de la Résistance en 1947.

Le monument qui domine aujourd’hui le parc, inauguré la même année, est connu des habitants sous le nom des « Géants de Pierre ». Réalisé par Charles Machet, originaire du Bugey, il se présente sous la forme de trois statues de soldats, un cuirassier de la guerre de 1870-1871, un poilu de la Première Guerre mondiale et un soldat de la Seconde Guerre mondiale. Usées par le temps, les statues d’origine ont été remplacées au début des années 2020 par des copies à l’identique. Sur la façade arrière, une fresque rappelle le défilé de 1943 et des maquisards attaquant un convoi allemand ; les noms des morts locaux sont inscrits autour du monument. Une grande dalle gravée d’une croix de Lorraine, posée à l’avant, recouvre les cendres d’un maquisard inconnu.

Pour le peigne et le plastique, visitez le musée ; pour la Résistance, arrêtez-vous devant les Géants de Pierre. Les deux histoires font une seule ville.

Pour compléter : la découverte d’Oyonnax, les balades entre parcs et lac Genin et les environs, de Nantua au plateau d’Hauteville.

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