Le temple gallo-romain d'Izernore, trois colonnes de 9 mètres

Les trois piliers d'angle du temple gallo-romain d'Izernore, dans l'Ain
Photo : Antimuonium, CC BY-SA 4.0 (Wikimedia Commons)

Trois piliers de pierre, hauts de neuf mètres, plantés dans un jardin au milieu des maisons. C’est tout ce qui reste debout du passé antique d’Izernore, à une douzaine de kilomètres à l’ouest d’Oyonnax, dans la vallée de l’Oignin. Le village compte aujourd’hui 2 300 habitants environ, et son temple est le seul monument gallo-romain conservé en élévation dans le département de l’Ain. Il a fallu deux siècles de fouilles, et beaucoup de hasard, pour comprendre ce qu’il y avait là.

Isarnodurum, une petite ville de la vallée

Avant Izernore, il y avait Isarnodurum. Le nom vient de la racine celtique isarno, le fer, et de durum, la forteresse, que les géographes antiques donnaient à des bourgs fortifiés. La cité occupait une vingtaine d’hectares au carrefour de deux voies qui reliaient le val de Saône au plateau du Bugey, dans une plaine où l’agriculture et l’élevage tenaient la première place.

Les fouilles ont livré un ensemble thermal de six mètres de haut, divisé en une douzaine de salles et doté d’un hypocausite pour chauffer les sols. Deux grandes villas, à Pérignat et à Bussy, ont été repérées quelques kilomètres plus loin, ainsi qu’un sanctuaire à Cessiat. Le temple se trouvait à l’écart du noyau d’habitat, sur un flanc de coteau qui domine le bourg actuel.

Deux temples, un seul qui tient encore

Les archéologues ont identifié deux temples successifs. Le premier, élevé dans la plaine au Ier siècle, a été abandonné au début du IIe siècle, sans doute à la suite d’un affaissement du sol ou d’une crue de l’Oignin. Le second est venu le remplacer plus haut, sur le coteau, vers la fin du Ier siècle ou au début du IIe.

C’est ce second édifice que l’on voit aujourd’hui. Il reposait sur un podium maçonné de 2,80 mètres de haut, incluant les fondations, et l’on y accédait par un escalier de quatorze marches. Les murs avaient 1,20 m d’épaisseur. Il reste trois piliers d’angle de neuf mètres, dont les chapiteaux ont disparu, et trois pans de murs en petit appareil. La restitution proposée par le musée donne une colonnade extérieure, un portique et une cella fermée, dans la tradition des temples gallo-romains du centre de la Gaule.

1783, la redécouverte

Au XVIIIe siècle, les trois piliers servaient de repère aux habitants, qui les appelaient « les colonnes ». Le savant Thomas Riboud les signale en 1783 et fait les premières reconnaissances du site. En 1864, Armand Tardieu conduit des fouilles plus méthodiques, puis Hippolyte Times en 1890. Le temple est classé monument historique dès la première liste, en 1840, ce qui lui vaut d’échapper aux remplois de pierre.

Jusqu’au XXe siècle, on a longtemps cru que les trois piliers appartenaient à un simple portique. Les fouilles du XXe siècle ont établi qu’il s’agissait du temple lui-même, et le plan du sanctuaire a été reconstitué pierre à pierre.

Un musée de site, face aux colonnes

Un musée a été créé au début du XXe siècle, en 1908 selon les uns, en 1911 selon les archives, pour présenter les objets exhumés sur place. Installé dans une maison du village, il a été réaménagé et déplacé en 1982, puis labellisé Musée de France en 2003. Il conserve environ 11 000 pièces : céramiques, monnaies, objets domestiques, éléments de décor.

Le parcours se termine par une maquette du temple au 1/100e, qui aide à comprendre l’élévation. Le bâtiment fait face au temple, et une réplique de la colonnade a été installée sur un rond-point de la commune, un choix qui a fait débat parmi les défenseurs du patrimoine local.

Pourquoi la ville a disparu

Isarnodurum décline au IVe siècle. Les grandes villas sont abandonnées, le bourg se replie sur un noyau plus petit, et la ville antique devient un village. Le nom se transforme en Izernore, et la paroisse s’installe près des ruines. La tradition chrétienne locale retient que les frères du Jura, saints romains évangélisateurs du Bugey, sont nés à Cessiat, sur la commune.

Les recherches n’ont pas cessé. En 2020, des fouilles préventives menées derrière le temple ont mis au jour des niveaux d’occupation et des traces de voirie qui précisent le plan de la ville antique. Le village garde ainsi une particularité : on peut y lire, en une heure de marche, un temple romain, un musée et les rues d’un bourg qui a oublié sa ville.

Le site se trouve au centre d’Izernore, à une quinzaine de minutes en voiture d’Oyonnax par la D1084 puis la D12. Pour compléter la sortie, notre page sur les environs d’Oyonnax recense les autres sites du Haut-Bugey, du lac Genin aux glacières de Sylans.

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