La gare d'Oyonnax : terminus depuis 2017 au pied de la ligne des hirondelles
Il y a une gare à Oyonnax, à 541 mètres d’altitude, place Vaillant-Couturier, avec deux voies et deux quais. Elle a été inaugurée en 1885 par le ministre des Travaux publics, et pendant plus d’un siècle les trains y sont passés du sud au nord, pour grimper vers Saint-Claude et le Jura. Depuis décembre 2017, ils s’arrêtent là : Oyonnax est devenue un terminus.
Un chantier voulu par les industriels
L’emplacement de la gare et le tracé de deux avenues de desserte ont été validés par une décision ministérielle du 17 novembre 1880. Les travaux se sont étalés du 28 mars 1883 au 16 mai 1885, et l’inauguration a eu lieu le 17 mai 1885. Le bâtiment voyageurs, dû aux architectes Claude Bergeron et Jean-Pierre Crépel, est toujours celui d’origine : il figure à l’Inventaire général du patrimoine culturel.
Au début du XXe siècle, la ville se dote d’un entrepôt pour l’expédition des marchandises. Le projet initial le prévoyait en face du bâtiment voyageurs ; les industriels et commerçants concernés ont obtenu qu’il soit construit au sud, dans son prolongement. Il sera agrandi plusieurs fois au rythme du développement de la plasturgie, avant d’être vendu, devenu presque inutile au XXIe siècle.
Une ligne de montagne, 36 tunnels et 18 viaducs
La voie qui traverse Oyonnax est la ligne d’Andelot-en-Montagne à La Cluse, longue de 123 kilomètres, à voie unique et non électrifiée. Elle relie le Jura à la ligne de Bourg-en-Bresse à Bellegarde, l’axe historique de Paris à Genève. Sa construction a pris des décennies, entre 1867 et 1912, parce que le relief du Haut-Jura a imposé 36 tunnels et 18 viaducs. Le chantier a coûté près d’un million de francs-or par kilomètre.
La ligne a desservi les scieries du Grandvaux, les aciéries et les cimenteries de Champagnole, les forges de Syam, les horlogeries et les lunetteries de Morez. Au nord de Saint-Claude commence la partie surnommée « ligne des hirondelles », du nom de la grâce de ses viaducs : c’est une marque déposée de la SNCF, et le service TER qui l’emprunte porte le label « train touristique ». Le voyageur d’Oyonnax n’y accède plus par le rail. La section Saint-Claude - Oyonnax a fermé le 10 décembre 2017, faute de financement pour les travaux de rénovation, et la liaison se fait désormais en autocar. Le tronçon sud de la ligne avait déjà connu une longue coupure, du 29 août 2005 au 13 décembre 2010, pendant la rénovation de la ligne Bourg - Bellegarde.
Une gare qui voyait passer les ouvriers
Sur la section qui monte vers Saint-Claude, les choses étaient déjà fragiles avant la fermeture. Les arrêts intermédiaires avaient été supprimés les uns après les autres, et les voies d’évitement des gares déposées : les trains circulaient en navette sur un seul canton, sans possibilité de croisement. Seul le point d’arrêt de Molinges avait été rouvert pendant les travaux de 2005, avec un aller-retour quotidien maintenu par autocar.
Désormais, la gare d’Oyonnax est desservie par la ligne TER 31, depuis Bourg-en-Bresse et Lyon-Perrache, et par des trains de Bourgogne-Franche-Comté en provenance du Jura. Elle a enregistré 136 792 voyageurs en 2024, pour une ville qui a perdu sa liaison avec la montagne. Le bâtiment reste l’un des monuments de l’histoire industrielle oyonnaxienne, avec la Grande Vapeur : il raconte autre chose que le peigne et le plastique, à savoir la mobilité des ouvriers et le fret des usines.
Oyonnax est en cul-de-sac depuis 2017, et c’est ce qui rend la gare intéressante à regarder. Une impasse ferroviaire dans une vallée industrielle, cela dit beaucoup d’une époque où le rail servait d’abord à sortir la production.
Pour prolonger la balade, il faut prendre la route : la vallée de l’Ange, Nantua et les gorges du Jura se suivent vers le nord, jusqu’aux viaducs de Morez, où les autorails de la ligne des hirondelles passent encore au-dessus des villages.
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