Le béton brut de Pinsard à Notre-Dame-de-la-Plaine
Elle ne ressemble à aucune autre église du Haut-Bugey. Posée au milieu des immeubles du quartier de la Plaine, à Oyonnax, Notre-Dame-de-la-Plaine aligne un volume de béton gris, un toit terrasse et un clocher détaché, fait de trois caissons ajourés. Pas de clocher-porche, pas de flèche, pas de vitraux historiés : l’édifice assume son époque, les années 1960, et il est depuis 2003 labellisé au titre du patrimoine du XXe siècle, devenu Architecture contemporaine remarquable.
Un quartier neuf, une église à construire
En 1957, les premiers HLM sortent de terre dans le quartier de la Plaine. Oyonnax grandit vite, portée par la plasturgie, et la ville a besoin d’équipements pour ces nouveaux habitants. En 1965, la municipalité accorde le permis de construire d’une église. Le 3 décembre de la même année, Monseigneur Fourrey, évêque de Belley, pose la première pierre.
Le chantier revient à l’architecte Pierre Pinsard (1906-1988), Parisien influencé par Le Corbusier, assisté de Hugues Vollmar. Pinsard n’en est pas à son coup d’essai dans le département : il a déjà signé l’église Notre-Dame-de-la-Route-Blanche à Ségny, puis celle d’Ars-sur-Formans et Saint-Pierre-Chanel à Bourg-en-Bresse. Quatre de ses églises de l’Ain portent le même label.
Le béton brut, une matière et un budget
La construction s’étale de 1967 à 1969. Elle est confiée à l’entreprise Billiez-Godet, avec un contremaître oyonnaxien, René Collet, qui dirige le chantier. Le bâtiment est coulé en béton brut de décoffrage, y compris le mobilier liturgique intérieur. Le plan est rectangulaire, le toit en terrasse. La compacité du volume répond à une contrainte simple : réduire la surface au sol pour limiter le prix du foncier.
L’église est un empilement. Le rez-de-chaussée forme un centre cultuel polyvalent : salles de catéchisme, grande salle, chapelle de semaine, chapelle du Saint-Sacrement, bureaux pour les prêtres. La nef se trouve à l’étage, surélevée, accessible par une rampe ou un escalier. Un puits de lumière percé dans le toit terrasse éclaire le sanctuaire, et une bande de fenêtres court sur toute la longueur de la façade. À l’arrière, la descente d’eaux pluviales coupe verticalement cette ligne horizontale. L’église peut accueillir 700 personnes.
Un clocher à trois caissons
Devant l’entrée, le clocher se détache du volume principal. Trois caissons à claire-voie abritent les cloches, sous une croix en fer forgé ajoutée en 1994. Les trois cloches n’ont pas la même origine : l’une a été fondue dans les ateliers Paccard, à Annecy, les deux autres viennent de la paroisse de Bône, en Algérie, dont le prêtre avait des attaches à Oyonnax.
L’édifice est inauguré le 12 juin 1971 par l’évêque de Belley, en présence de l’abbé Morel, son premier curé. En 1996, la façade est refaite et une couverture de tôle galvanisée est posée sur le toit terrasse, qui prenait l’eau.
Ce que le bâtiment dit de la ville
Une église en béton au milieu des barres d’immeubles, voilà une image juste d’Oyonnax au début des années 1970. La ville sortait de la reconstruction et de l’expansion industrielle, et le quartier de la Plaine accueillait les ouvriers des usines de matière plastique. L’église a été pensée comme un équipement de quartier autant que comme un lieu de culte : salles en bas, nef en haut, jardin et place en creux pour éviter que les voitures n’occupent l’espace.
Le label de 2003, accordé le 10 mars, ne protège pas l’édifice comme un monument historique classé. Il signale son intérêt architectural, et il a valeur d’alerte : ces constructions des Trente Glorieuses vieillissent mal quand on les bricole. La réfection de 1996 et la croix de 1994 montrent que l’entretien courant a suffi jusque-là.
Pour compléter la visite, le quartier de la Plaine se comprend mieux en lisant l’histoire de la plasturgie à Oyonnax.
En images
Photos