Charles Mathon, capitaine du CS Oyonnax devenu pionnier du rugby à XIII
Le stade où joue l’Oyonnax Rugby porte le nom d’un homme qui n’a jamais été international de rugby à XV, et qui a terminé sa vie dans des circonstances que personne n’a vraiment éclaircies. Charles Mathon, né à Oyonnax le 1er décembre 1905, a été le capitaine du CS Oyonnax, l’un des premiers Français passés au rugby à XIII, et un résistant tué à Druillat le 9 juin 1944.
Demi de mêlée à dix-sept ans
Fils d’un ouvrier de la fabrication de peignes, Charles Mathon grandit dans la « cité des peignes » et découvre le rugby au CS Oyonnax. Il débute en équipe première à 17 ans, à la faveur de la blessure du demi de mêlée titulaire, Gilbert Augon. Le poste ne lui échappe plus. Dès 1923, il forme la charnière avec le capitaine et demi d’ouverture Georges Orfidan, et prend le capitanat à son tour en 1924, avant ses vingt ans.
Ces années sont celles d’un club qui monte. Oyonnax bataille dans le championnat du Lyonnais, dispute deux finales régionales en 1926 et 1927 contre le Lyon OU, et se fait une réputation d’équipe physique, portée par sa charnière. Mathon y est présenté par la presse comme le meilleur joueur de bien des rencontres.
La saison 1929-1930 et les grands clubs
La saison 1929-1930 marque un palier. Oyonnax domine le championnat du Lyonnais et se qualifie pour la première fois pour les poules du Championnat de France. Le club y affronte le CA Périgueux, le RC Toulon, le Stade toulousain et le Stade français. Il ne passe pas le tour, mais l’expérience change le statut du club et celui de son capitaine, cité parmi les meilleurs demis de mêlée du pays.
Mathon tente ensuite une saison à l’US Bressane, à Bourg-en-Bresse, en 1930-1931, avant de revenir à Oyonnax en octobre 1931. Il y retrouve son statut, et l’équipe est dès lors décrite comme « l’équipe de Mathon ».
Jamais capé, toujours présélectionné
La carrière internationale reste une porte entrouverte. En décembre 1931, il est appelé à un match de sélection à Clermont-Ferrand. Les sélectionneurs le testent au poste de talonneur, qu’il n’a jamais occupé, puis le replacent en demi d’ouverture. Au match suivant, à Brive, il côtoie Max Rousié, Jean Galia et Marius Guiral. La charnière est finalement confiée à Rousié et Édouard Coulon, et Mathon reste sur le banc. Il dispute en janvier 1932 une rencontre du XV de France contre le RC Toulon, mais au poste de troisième ligne aile.
Il ne portera jamais le maillot bleu dans un match officiel. Blessé fin 1932, absent des matchs de sélection, il reste jusqu’en 1934 l’un des joueurs les plus cités du Lyonnais, et dispute en février 1934 un match de la sélection du Lyonnais contre l’équipe de France, perdu 12 à 7. C’est son dernier match de rugby à XV.
Le passage au XIII en mars 1934
En mars 1934, Jean Galia lance le rugby à XIII en France et vient chercher des joueurs. Mathon accepte, et dit tout haut ce que beaucoup taisent : l’amateurisme marron du rugby à XV, ces avantages déguisés qui font vivre les meilleurs joueurs. Il participe à la tournée inaugurale de la sélection française en Angleterre, celle des « Pionniers », et prend part au premier match officiel de l’équipe de France de rugby à XIII, le 15 avril 1934 contre l’Angleterre.
Il rejoint ensuite l’US Lyon-Villeurbanne, club nouvellement créé, dont il devient capitaine. Il y remporte la Coupe de France en 1935 et met fin à sa carrière en 1936, à trente ans.
Résistant, tué en juin 1944
Pendant l’Occupation, Mathon entre en résistance et structure un réseau dans la région. Il est assassiné le 9 juin 1944 à Druillat, dans l’Ain, sur fond de querelles entre groupes de résistants. Les circonstances exactes n’ont jamais été tirées au clair, et l’historiographie locale s’en tient aux faits établis : un homme de 38 ans, un réseau, une mort violente dans un contexte de règlements de comptes entre maquis.
La ville d’Oyonnax donne son nom au stade de rugby, officiellement depuis le 15 juin 1958. L’enceinte, ouverte en 1939, a été rénovée en 1983 et 2005, puis portée à 11 400 places lors de la montée en Top 14 de 2013. Le stade Charles-Mathon est aujourd’hui l’un des équipements sportifs les plus identifiables de la ville, et son nom est celui d’un joueur de l’entre-deux-guerres, pas d’un mécène.
Pour situer Mathon dans la ville qu’il a connue, notre page sur l’histoire de la plasturgie à Oyonnax raconte le monde du peigne, du buis au plastique, dans lequel travaillait son père.
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