Histoire de la plasturgie à Oyonnax : du peigne de buis à la Plastics Vallée
Oyonnax passe pour la capitale française de la plasturgie, et le mot sonne moderne. L’histoire, elle, commence par un objet bien plus ancien et bien plus petit : le peigne. En trois siècles, la vallée de l’Ange est passée du buis au polystyrène sans jamais changer de métier, façonner la matière.
La légende de saint Léger
La tradition locale fait démarrer l’aventure en 630. Une délégation royale conduite par Léger d’Autun traverse la région ; au lieu-dit Sous-Nierme, la litière se brise et blesse le chef de l’escorte. Les habitants dépannent le voyageur, réparent le véhicule et offrent des cadeaux de fabrication locale. Devenu évêque, Léger aurait accordé à la commune le privilège de fabriquer les peignes en bois dont se servaient alors les guerriers francs.
Légende ou pas, la ville en garde la marque : l’église paroissiale porte le nom de Saint-Léger et la Saint-Léger reste la fête patronale. Les habitants, eux, ont retenu la leçon : vers la fin du XVIIIe siècle, la commune se spécialise vraiment dans le peigne à cheveux, d’abord en bois puis en corne, en s’appuyant sur les moulins à eau des rivières voisines. La production s’industrialise à la fin du XIXe siècle, et la réputation des ateliers locaux grandit avec les peignes ornementaux, imitations d’écaille et de corne qui font la coquetterie de l’époque.
1880, le celluloïd change tout
En 1880 arrive le celluloïd, l’une des premières matières plastiques. Cette pâte brillante, souple et bon marché séduit immédiatement les peigneurs, qui abandonnent peu à peu la corne et l’écaille. Suivent la galalithe en 1918, le Rhodoïd en 1930 puis, à partir de 1935, le polystyrène et d’autres matières conçues pour le moulage.
Le passage de la matière se lit dans les collections du musée du Peigne et de la Plasturgie : peignes de buis et de corne, objets de celluloïd, lunettes, jouets, jusqu’aux robes de plastique signées Paco Rabanne. Installé au centre culturel Aragon, dans le quartier de la Plaine, le musée doit à terme déménager dans la Grande Vapeur, l’usine électrique construite en 1905 dont l’immense hall, classé monument historique, accueille déjà des visites. Les horaires et l’accès sont détaillés sur la page patrimoine d’Oyonnax.
Des ateliers aux grandes marques
Le tournant du moulage et de la presse à injecter transforme les peigneurs en plasturgistes en l’espace de deux générations. Des centaines d’entreprises naissent alors, couvrant toutes les composantes du secteur, avec des produits qui vont de la lunette aux meubles de jardin en passant par les jouets. L’industrie locale garde la marque de grandes maisons : Clé, Gilac, Grosfillex, Bollé, Écoiffier, Minialuxe, Riviera ou encore Berchet. G. Convert fait rêver les enfants avec ses poupons Nano, ses bateaux et ses planches à voile, tandis qu’Emin-Leydier développe sur place une production d’emballages en carton.
La Plastics Vallée aujourd’hui
Oyonnax se trouve au centre de la Plastics Vallée, reconnue pôle de compétitivité pour la plasturgie en 2005. Le bassin regroupe aujourd’hui 660 entreprises du secteur sur 14 parcs industriels, et le pôle européen de la plasturgie, inauguré en 1989, forme les techniciens et les ingénieurs de demain. La ville, que l’on surnomme « cité du plastique » et plus familièrement « Oyo », n’a pas renié son passé : elle l’a moulé, injecté, industrialisé.
Pour situer cette histoire dans la ville d’aujourd’hui, la découverte d’Oyonnax fait le tour du centre et de ses quartiers.
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